Août 2016 – Amdo, de Darlag à l’Amnye Machen

Mi août 2016, nous parcourons l’Amdo depuis déjà près de 3 semaines. Pour nos 10 derniers jours, des lieux incroyables nous attendent encore et les journées qui suivent resteront gravées dans les annales. Sky burial, invitation dans une famille nomade, arrivée sur l’Amnye Machen… Dieu, que ce pays est incroyable.

J20 Darlag, sky burial au Thraling Gompa et route jusqu’à Temahe

Aujourd’hui nous partons vers l’Amnye Machen mais avant, on veut visiter Thraling Gompa qui est censé être à une dizaine de km et abrite l’un des 3 sites de Sky Burial les plus sacrés du Tibet.

Minute culturelle : le sky burial (littéralement enterrement céleste) est un « enterrement » traditionnel tibétain qui consiste à offrir le corps du mort aux vautours, moyennant une préparation, plus ou moins élaborée.

On décide de prendre un taxi pour y aller afin de se laisser une chance d’atteindre l’Amnye Machen aujourd’hui. Du coup, tout va beaucoup plus vite ! ni une ni deux, nous sommes sur la route, on longe le fleuve magnifique avant de s’enfoncer dans une vallée tout aussi splendide et au détour d’une colline, le monastère apparaît dans son écrin vert.

Ici aussi beaucoup de travaux en cours. On fait le tour du temple et des quelques bâtiments.

Puis nous dirigeons avec notre chauffeur du jour vers un site avec de multiples drapeaux.

C’est bien là qu’ont lieu les sky burial. Un haut parleur diffuse des prières en boucle, la pierre où sont mis les corps est là, l’odeur de la charogne présente ainsi que les outils nécessaires. Des vautours tournoient dans le ciel et parsèment la colline voisine. Une énergie toute particulière vous saisit à l’approche du lieu. Un certain recueillement, le sentiment d’être privilégiés de pouvoir être ici.

De l’autre côté, une multitude de petits ermitages blancs essaiment la colline.

Notre chauffeur semble vivre un peu plus mal le lieu et a l’air au bord de la nausée, pris par l’odeur de charogne lorsqu’on se rapproche de la pierre funéraire. Nous faisons le tour du site, la vue est splendide.

Alors que nous allions repartir vers le monastère, une voiture arrive. Nous revenons sur nos pas. Un paquet est sorti de la voiture, on demande du regard l’autorisation de rester à la famille qui s’installe et faisons signe à notre chauffeur que nous souhaitons rester un peu. Un moine arrive et défait le « paquet ». Il s’agit d’un corps soigneusement emballé dans un sac plastique. Il commence à le préparer (ie : l’installer sur la pierre, sectionner les tendons et entailler la chair) quand une deuxième voiture arrive avec un corps emballé dans une couverture cette fois. Seconde préparation.

Pendant ce temps, les vautours arrivent par dizaine, tenus à distance par les membres de la famille. Puis les corps sont prêts, le moine commence la pratique et les vautours se jettent sur les corps. La scène est impressionnante. Une leçon directe sur la vie, la mort, l’impermanence.

Cela va durer environ une heure. Notre chauffeur attend patiemment, il est resté assez loin.

Nous repartons en même temps que la famille qui commence à replier ses affaires, après une offrande faite au moine.

Nous avons eu beaucoup de chance d’assister à cela. Notre chauffeur han, semble en être resté marqué. Nous échangeons entre nous en français mais on sent qu’il a très envie de pouvoir aussi échanger avec nous. On reprend le dialogue des mains. Lui non plus n’avait jamais assisté à cela.

La vie suit son cours. On donne plus que prévu au chauffeur pour le remercier de sa patience, déjeunons, et c’est reparti direction l’Amnye Machen.

Petites hésitations à l’embranchement, les routes vont vers l’Amnye Machen mais l’une arrivera par l’Est et l’autre par l’Ouest. Après un départ raté, on finit par déduire la bonne direction et enchaînons quelques transports (dont une voiture qui se trompe sur son chemin mais du coup nous avance un peu plus que prévu et on profite de la voiture qu’elle a arrêté pour demander sa route pour changer de véhicule pendant qu’elle fait demi tour 🙂 ).

On nous dépose dans une petite bourgade, sorte de ville/rue… et alors que nous reprenons le stop (sous les regards curieux des locaux, ici aussi, il y en a pas beaucoup des gens comme nous qui passent !), une voiture s’arrête et dans un anglais hésitant « if you want i invite you to sleep at my home ». On se regarde, on mesure l’heure qu’il est et la probabilité que nous avons d’arriver à destination ce soir, ni une ni deux, on accepte !

Il a semble-t-il encore quelques courses à faire alors on l’attend là et on en profite pour faire nous même quelques courses pour avoir des denrées à leur donner en remerciement. Un autre jeune local tente le stop aussi et nous indique qu’un bus doit passer. Le bus arrive, notre hôte du jour n’est toujours pas revenu mais on fait le pari de l’attendre, et on a bien fait !

Il repasse un peu plus tard et on monte en voiture ! On quitte la route principale pour rouler sur une sorte de piste dans la prairie. Notre hôte est semi-nomade et nous voilà partis en direction du campement d’été, des tentes blanches au milieu des yaks, une vue à couper le souffle et une kyrielle d’enfants ! On joue à chat, on fait des acrobaties, on danse, on partage une tenthuk sous la tente avant de se coucher emmitouflés dans nos duvets.

  

J21 de Temahe à Tawu Zholma

On se lève au petit matin. Moins tôt que les femmes qui ont commencé à traire les dris à 4h du matin… on assiste à la fin de la traite, travail de patience, le jet est fin et le sceau met longtemps à se remplir…

 

On partage un petit déjeuner de tsampa aux pieds des enfants qui dorment alors que le lait est séparé mécaniquement entre lait et beurre dans une petite bassine en plastique. 

 

Tout le monde se met sur son 31 pendant que l’on va profiter rapidement des environs  (on finira par déduire que c’est pour le jour de Guru Rinpoché!).

Une dernière séance photo en bonne et due forme, on offre pommes, chips et un petit manuel anglais/tibétain retrouvé il y a deux jours au fond du sac ! 

On nous ramène au village, sur la route principale. Les hommes comme les femmes sont en tenue traditionnelle, on sent que ça va festoyer aujourd’hui !

On reprend le stop, on constate que la route a changé, de quoi avoir le plaisir de se faire déposer à un embranchement d’autoroute en construction… 

Sur la route, l’Amnye Machen se découvre… Magique.

Amnye Machen

On arrive au niveau de Xiadawu… et… comment dire… on savait qu’une route était en construction au nord de l’Amnye Machen et était à l’aube de bouleverser toute la partie Nord de la Kora, mettant les pèlerins dans des nuages de poussière… mais… on était loin d’avoir anticipé ça. Ce n’est pas une route, c’est une autoroute avec force viaducs et ouvrages d’art. Xiadawu se retrouve encaissée sous un viaduc et les pistes défoncées qui descendent de l’autoroute rappellent ce développement improbable. Le village n’a rien de rieur. Le seul hébergement ressemble à des baraquements de chantier ou de gros chiens manquent seulement de vous sauter à la gorge par les chaînes qui les retiennent… Bref, on va avoir un de ces moments de loose en voyage, l’enchaînement terrible des conséquences d’un désappointement total :

  • en arrivant sur Xiadawu, on hésite en se donnant la chance d’arriver à Guri gompa pour passer la nuit (avec le risque de n’y trouver ni restaurant ni boutique). Nos chauffeurs nous laissent à l’embranchement vers Guri gompa. Avec la nouvelle route, nous sommes… loin… un moine à moto s’arrête, il va au shedra en contrebas et nie toute existence de restaurant ou magasin…

  • On finit par refaire du stop direction Xiadawu. La voiture nous descend vers la « place du village », juste sous le viaduc… On déjeune en se demandant ce que l’on va bien faire. Nos velléités de randonnée aux alentours semblent se réduire à néant quand on voit les infrastructures encore en cours de construction et l’absence totale d’interlocuteur qui pourrait nous guider… (je ne sais pas pourquoi, nous avions un vague espoir de trouver ici une agence locale, sur la porte d’entrée de la kora de l’Amnye Machen)

  • on décide de tenter de trouver un hébergement avant d’aller voir le Gompa. Le tour du village est déprimant, sans parler du seul hébergement disponible. Dans un sursaut de désespoir, on décide d’essayer de poursuivre notre chemin jusqu’à Xueshan. On choisit une autre branche pour remonter sur l’autoroute déserte à pieds. C’est long et le ciel se couvre. Toujours nos gros sacs sur le dos, on se poste sur une 2*3 voies déserte…

  • Après une longue attente, la pluie menace et un camion s’arrête. Je suis réticente (le trajet Do Gongma Gompa – Darlag a laissé des traces). On monte. Et 1mn plus tard, on décide de redescendre. On ne sait pas ce qui nous attend sur la route et je ne le sens vraiment pas… (a posteriori : quelle bonne décision !)
  • finalement, on repart sous la pluie vers Xiadawu et posons nos sacs dans le seul hébergement ouvert à savoir des algecos déserts installés dans une immense grange abandonnée (quand je vous dis que c’est glauque). On arrive quand même à négocier 80CNY la nuit, et récupérons un thermos d’eau chaude. Pour aller aux latrines, il faut soigneusement contourner le périmètre du chien enchaîné (et déchaîné?), Nils m’accompagnera ! Après un dîner « sur la place du village »,  je finirai la soirée devant une comédie française enregistrée sur mon téléphone, en mode totalement régressif.

 C’est un hoLel, on devrait être contents 😉

Allez, ça ira mieux demain !

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