Août 2017 – Tibet, la kora du Kailash

A quelques 7000 km de paris, il s’agit d’un des pèlerinages les plus sacrés du monde. 56km, parcourus en une (très) grosse journée par les tibétains vaillants, un mois pour ceux qui décident de faire le tour en prosternes et 2 à 3 jours pour tous les autres. Pour nous, gens de la plaine, c’est notre corps qui sera l’arbitre car avec 2 nuits à 4950 et un col à 5600, l’altitude est dangereuse pour celui qui ne la supporte pas. Des indiens vendent tous leurs biens pour pouvoir réaliser ce voyage d’une vie. On dit que c’est le centre du monde. Les études ont confirmé que les 3 grands fleuves d’Asie prennent leur source ici.  Bref, on est un peu au milieu de nulle part, ou plutôt au centre de tout, c’est surtout une question de point de vue. Alors c’est parti, nous allons mettre nos pas dans ceux de milliers de pèlerins avant nous. Au programme, du sang, des larmes, … ha non quand même pas ! Je dirais donc plutôt de la sueur, de la fatigue, de l’émotion, le tout les yeux grands ouverts, surtout le matin de nuit sans la frontale.

J8 Kora du Kailash, étape 1 : Darchen – Drirapuk


Nuit difficile pour moi, ça ronflait dans la chambre. Alors, bien réveillée à 4h30 du matin, j’attends patiemment que notre guide sonne le tocsin. Mais 5h passe puis 5h15 et ce n’est qu’à 5h30 que l’on entend toquer à la porte. Tout le monde émerge, les yeux embrumés par la nuit, et à 6h nous sommes dans la cour, sacs au dos et prêts à partir.

Pas de tricherie, on fera la kora complète : nous partons à pieds de Darchen et nous reviendrons à pieds même si la route permet aujourd’hui des raccourcis pour les moins puristes. Il fait encore nuit et rapidement le guide nous fait éteindre les quelques lampes allumées. Ce départ est complètement irréel. Pour certains d’entre nous, les yeux se ferment tous seuls mais les instructions du guide sont claires : ne jamais s’asseoir surtout si vous êtes fatigués et que vous avez froid. On avance donc dans la nuit, quelques tibétains nous dépassent, on devine des lumières le long du chemin. Une petite pause pour rassembler les troupes et c’est reparti. On arrive en vue de Darboche quand le jour se lève.kora du KailashAvant de passer le check point, pause imposée  “thé au beurre”. Je me rabats sur de l’eau chaude mais bien que bouillie elle a un goût douteux… La force du gingembre prendra à compter d’ici tout son sens.
Choku gompa nous fait de l’œil, on voit les pèlerins faire le détour mais ce ne sera pas pour nous, les etrangers ne sont pas autorisés.

kora du Kailash, Choku Gompa
Nous continuons notre chemin dans une magnifique vallée qui nous offre très régulièrement des vues sur le Kailash. Le porteur fait des siestes au bord du chemin pour nous attendre. Nous admirons la constance des pèlerins qui ont décidé de parcourir la kora en prosternes. On avance tranquillement mais sûrement. L’altitude se rappelle à nous dans la moindre petite montée et c’est quand meme bien fatigués que l’on atteint Drirapuk.

kora du Kailash

kora du Kailash, prosterneskora du Kailash kora du Kailash
La vue sur la face nord du Kailash est littéralement splendide mais le site est en travaux et jonché de déchets. Le guide nous attend à l’arrivée et nous amène vers notre “gîte” pour la nuit. On n’était pas habitués au luxe mais on atteint ici certains sommets. Une bâche remplie d’eau croupie menace l’un des lits, le sol en terre battue mériterait bien un coup de balai, la fenêtre se constitue vaguement d’un morceau de plastique accroché de bric et de broc. Notre dortoir sert vraisemblablement de maison à nos hôtes qui y stockent aussi couvertures, patates, et ustensiles de cuisine. Mais on peut s’allonger et ça fait du bien.

nous ne sommes pas les seuls à vouloir immortaliser le moment 🙂
kora du Kailash, Drirapuk
Un site splendide… et en travaux !

Le groupe se partage alors entre les plus vaillants qui repartent directement a l’assaut de la montagne pour se rapprocher au plus près du pied du mont Kailash et ceux qui commencent par une sieste ! Après la sieste (vous aurez deviné notre camp), il faut choisir : le pied du Kailash ou le monastère et sa grotte. On choisira le monastère. 

kora du Kailash, Drirapuk
Au fond le monastère, devant, le bâtiment en dur qui accueille la majeure partie des pèlerins indiens.
kora du Kailash, Drirapuk
Vue depuis le monastère

Au retour il reste assez de lumière pour envisager une dernière grimpette avec Nils en direction du Kailash. On profite donc de la fin du jour au bord du torrent, non loin de feux de pujas hindous. 
Dîner de nouilles chinoises dans notre chambre puis dodo ! On mesure notre chance quand le guide nous indique qu’il vient d’intervenir entre un guide et un couple d’italiens qui voulaient absolument passer le col demain mais dont l’homme avait déjà les lèvres bleues, signe formel d’un bon mal de l’altitude. Ils les a renvoyés manu militari à Darchen. Au moins, on sait qu’on est entre de bonnes mains.
Les loueurs passent régulièrement récupérer une couverture, des patates, une louche, et la nuit est agitée car les locaux festoient tard au pied de notre fenêtre.

J9 Kora du Kailash, étape 2 : Drirapuk – Zutrulpuk


 La nuit fut donc difficile pour beaucoup (disons que j’ai béni les boules quies sncf de mon dernier train de nuit, glissées dans le sac au cas où).

notre chambre de 7 au petit matin

Une longue journée nous attend et Tenzin est formel, il faut passer le col avant que le soleil ne tape sinon ce sera trop difficile. On part donc de nuit (de nouveau !) au milieu des chevaux et des autres pèlerins. Plus l’on monte, plus l’altitude se fait sentir et l’on se croirait bientôt sur la Lune : chaque pas est lent et les respirations sont profondes. Nils hérite de mon sac à dos.

kora du Kailash

Un pas après l’autre on monte ce col qui n’en finit pas. La majorité des indiens est à dos de cheval mais n’en mène pas large. Les tibétains qui les guident peinent à les tenir en selle. Emmitouflés avec écharpes, bonnets, gants et doudoune, ils ne sont pas dans leur élément mais restent déterminés. Nils interviendra auprès d’une indienne au bord de l’évanouissement : “don’t panic, don’t fall asleep, take deep breath by the nose, drink hot water”.

kora du Kailash kora du Kailash kora du Kailash

Quant à nous, l’arrivée au col est un soulagement : we did it ! Ou presque car il faut redescendre et le guide semblait très inquiet pour mon vertige. Une chance, je trouve ça plutôt facile. On accroche nos drapeaux en chemin et continuons la route. Le groupe s’est éclaté, chacun respecte son rythme. Au pied du col, des lacs sacrés.

kora du Kailashkora du Kailash

Et alors que je pensais être sortie d’auberge voilà que le chemin s’arrête. Chacun cherche alors une trace pour descendre une dernière pente très raide vers la rivière.
kora du Kailash

On retrouve la première partie du groupe à la tea house et sommes rapidement rejoints par les derniers. Pause, repos et déjeuner. Il est 14h, nous sommes partis a 6h du matin et il nous reste encore 14 km à parcourir pour atteindre Zutrulpul ! Notre guide semble impressionné par notre performance (je crois qu’il était quand même assez inquiet) et nous propose de pousser jusqu’à Darchen, soit 10km de plus, pour une nuit plus confortable. Nos regards décomposés lui font vite abandonner cette idée saugrenue.

La fin de journée sera longue mais nous sommes à présent à plat. On longe la rivière dans une magnifique vallée. De temps en temps quelques vues sur le Kailash. On ne sait pas encore que c’est la dernière fois que nous le verrons si clairement.
kora du Kailash
Nous arrivons rincés à destination. Avec Nils, on se lance quand même dans une petite exploration des environs. Puis un brin de toilette à l’eau glacée, un dîner au restaurant du monastère, et l’on se couche. La gérante du dortoir tente de nous refiler 3 chinoises au milieu de la nuit, grognements des ours à moitié endormis, regards interrogatifs, elles repartent et nous ne les verrons pas revenir.

Zutrulpuk, on devine au fond à gauche la vallée par laquelle nous sommes arrivés

J10 Kora du Kailash, étape 3 : Zutrulpuk – Darchen


C’est la fin de la kora, direction Darchen, retour au point de départ ! Lever matinal pour changer car nous avons de la route cet après-midi. On petit déjeune au restaurant de la veille, avec quelques pèlerins tibétains dans leur plus beaux atours.

Et l’on reprend le chemin. Une route s’échappe de l’autre côté de la vallée mais l’on continue à pied, rattrapés de temps à autre par les yaks. Doucement la rivière s’enfonce dans une gorge, le chemin se retrouve escarpé et la route me nargue, de l’autre côté du ravin. On devine la plaine qui se dessine au loin. Il me faudra donc un dernier effort pour finir la kora. Arrivés sur la plaine, une teahouse, en dur cette fois. Une route goudronnée y arrive avec un bus qui fait la navette. A l’unanimité nous décidons de parcourir les derniers kilomètres à pieds. Seuls le guide et notre chauffeur prennent les devants pour préparer les formalités de la suite du voyage. J’apprendrai alors que sur notre dernier passage vertigineux “many yaks die because they slip in the river…”. So happy to know that now!

kora du Kailash

Je suis contente une fois passée de l’autre côté !

Et nous arrivons finalement à Darchen, dans la cour de notre hôtel. On retrouve nos sacs pendant que le guide classe les multitudes de photocopies de nos permis. Toilette rapide, réagencement, glandouillage et fierté. On déjeune en ville avant de reprendre la route. 

La suite au prochain numéro 🙂

NB : pour ceux qui s’intéressent à la photo, pour des raisons de poids, je suis partie sur la kora uniquement avec une focale fixe 27mm (sur APSC), sans aucun regret !

 

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