Août 2017, Tibet – de Lhassa au Kailash

Notre objectif c’est le Kailash, à 1200km de Lhassa. Au programme 3 jours de route aller, une semaine dans le secteur, 3 jours de route retour. On ménage quelques visites en chemin mais le trajet ne sera pas une sinécure. On plonge aussi dans les conditions de confort à la tibétaine : adieu douche, adieu chambre individuelle, adieu eau chaude voire eau courante tout court, bonjour chiens, bonjour latrines, bonjour banquettes poussièreuses en guise de lit ! Bonjour l’aventure 🙂

J4 Lhassa – Lhatse

Le programme initial devait nous faire visiter Gyantse, Tashilunpo et dormir à Shigatse. Mais des travaux sont en cours sur le tronçon Shigatse-Saga, vraisemblablement au niveau de Lhatse, et l’on risque de ne pas pouvoir passer demain. Comme souvent, pas d’informations fiables à disposition alors changement de programme, le guide choisit la sécurité : nous visiterons Gyantse au retour et tenterons d’atteindre Lhatse dès ce soir.


Pour égayer la journée, le guide nous ajoute la visite d’un petit monastère où se trouverait le mala du 5ème dalaï lama. Une pause sympathique en début de journée.

Puis on longe le Yarlung Tsangpo dans une gorge encaissée, et l’on s’arrête pour pique niquer au bord de la route. Au menu, du yak bouilli et des patates amoureusement préparés par notre guide. On pourrait avoir un doute comme ça mais c’était hyper bon. Pour le dessert, ce sera pause pastèque un peu plus loin. On y apprend que notre vendeuse est mariée à une fratrie complète, une tradition bien ancrée ici, nommée plus savamment polyandrie fraternelle et servant notamment à limiter le découpage des terres dans les héritages.

à gauche c’est notre chauffeur, il drague mais il n’a aucune chance, il ne fait pas partie de la famille !

On arrive à Shigatse en début d’après-midi et y restons un certain temps, cloîtrés au café en attendant que les papiers d’autorisation soient signés. Petite frustration : on aurait préféré faire la kora de Tashilunpo, mais pas de papiers, pas de libre circulation… On repart donc vers 16h sans avoir vu grand chose car de la route nous attend encore !
En guise de consolation, le guide nous promet des sources chaudes pour ce soir… 🙂

Le trajet s’émaille de petits pauses, obligatoires parfois pour les limitations de vitesse (rarement dans des endroits sexys) ou touristiques car les paysages sont majestueux : picture time !

Depuis un col, après avoir crié dans la voiture “So so so so ….hiiiiii iiii iii” – plus ou moins

Nous arrivons à une guesthouse “à l’ancienne” avec plein de chiens dehors. On a de la chance qu’ils nous acceptent car  c’est un lieu pour les locaux qui viennent en cure et les tenancières sont dures en affaire. Shigatse aurait du être notre dernière nuit confortable avant 10 jours sans douche. Cela faisait peur au guide, qui nous avait demandé d’essayer de négocier auprès de l’agence mais sans succès. Ca fera donc 11 jours sans douche, mais sources chaudes obligent, on devrait quand même pouvoir se baigner ce soir 🙂

Les bains se partagent entre une piscine aménagée pour les touristes où l’eau est changée toutes les semaines et un bassin pour la cure, beaucoup plus chaud où l’eau circule. Le haut du bâtiment est recouvert de béquilles laissées par les miraculés. Après le dîner, on boude la piscine aménagée qui ne nous inspire pas confiance, et filons, sur les conseils du guide, vers le bassin traditionnel. Malgré quelques hésitations, je finis par y tremper les orteils puis tout le corps avec la grande majorité du groupe. On commence par des petites tranches de quelques secondes jusqu’à quelques minutes pour les plus courageux. L’eau serait quand même à 60°C ! Passés nos a priori d’occidentaux, c’est une magnifique tranche de vie locale. Ce qu’on retiendra aussi c’est l’envie du corps de retourner dans l’eau le lendemain matin. On repart avec la certitude que les cures ici sont efficaces !
Nota : malus pour les deux ouvriers chinois qui débarquent et n’hésitent pas à nous prendre en photo en maillot de bain… 

Ce soir on dort au chaud : la source passe sous le bâtiment et fait chauffage naturel.

photo prise au petit matin, imaginez le même lieu avec une dizaine de tibétains en cure et de nuit !

J5 Lhatse – Saga

Encore une grosse journée de route devant nous. On commence par une noodle soup, le petit déjeuner tibétain “classique”.

On découvre les travaux et la circulation alternée : 10 voitures toutes les 20mn. Heureusement que notre chauffeur est un coquin et qu’après avoir doublé tout le monde et gentiment négocié, nous ne reculons que de quelques voitures. La suite de la route est pour beaucoup en travaux et c’est plutôt cahin caha que nous avançons.

Les paysages tout au long de la route sont toujours somptueux. Les photos parleront d’elles-même.

si vous regardez bien, tout en haut il y a un petit monastère ermitage, ça fait envie, non?

Nous arrivons tardivement à Saga. Beaucoup d’hébergements sont pleins, mais il reste de la place dans une guesthouse charmante avec un lavabo en extérieur, youhouhou ! (et ce n’est même pas une blague, on était tous contents 🙂 ). On dîne au restaurant tibétain voisin et l’on s’effronde : la route ça fatigue (à moins que ce soit la musique tibétaine? Spéciale dédicace ^^).

On notera l’arnaque de l’année pour le déjeuner : 45 CNY le riz sauté, 20CNY le bol de riz… WTF ?!

J6 Saga – Manasarovar

Encore une grosse journée de route mais on se rapproche du but ! Pour le petit dej, on fait 2 groupes, les fidèles qui veulent manger une noodle soup dans un resto tibétain, et les autres qui préfèrent le rice porridge dans un resto chinois. On ne va pas vous dire que le rice porridge c’est le truc le plus meilleur incroyable du monde hein… mais c’est un peu plus digeste.
On en profite aussi pour faire les courses avant de partir. Il paraît qu’après tout sera plus cher, alors on s’équipe en petits gâteaux, chips, nouilles instantanées, tsampa et beurre pour la kora du Kailash. On veut la jouer locale ou on ne veux pas !

La route est bien meilleure qu’hier, sauf quand le chauffeur fait un petit détour à une ville voisine pour remettre des achats à son frère, via une route en travaux où il faut choisir entre les nids de poule ou les mares de boues. Les paysages sont moins arides qu’escompté. La mousson touche légèrement le secteur, suffisamment pour saupoudrer de vert le paysage. Des dunes, la chaîne himalayenne (on voit les Annapurnas) puis nos premières vues sur le Manasarovar et le Kailash… nous sommes aux anges.

oui, vous ne le voyez pas très bien mais le sommet blanc au milieu qui se confond avec les nuages c’est le Kailash !

A l’approche du Manasarovar, on croise un bus de slaves en pèlerinage et nos premiers indiens que nous retrouverons sur place. Les slaves se baignent dans le lac et les indiens psalmodient. L’atmosphère nous rappelle l’universalité de Bodhgaya et la fin du jour sur le lac Manasarovar avec les montagnes en fond nous laissent tous songeurs. 

Manasarovar

Manasarovar
face au Kailash, de l’autre côté du lac, le Gurla Mandhata

NB : On notera un petit fail dans la magie du moment quand Nils et moi décidons de couper derrière les bâtiments, plutôt que de reprendre le chemin principal pour aller dîner, et traversons assez magistralement un petit champ de latrines indiennes sauvages… On repassera pour la balade romantique et vous pourrez retenir que les toilettes sont un sujet central pour le voyageur dans ces régions !

Après un bon dîner, on se prépare à dormir. Il faut préparer nos corps à l’épreuve physique qui les attend, mais cest sans compter sur l’altitude qui va nous rattraper ce soir. Fatigue et mal de tête au programme. Ou est-ce l’approche de la kora qui nous rend fébriles ?

J7 Manasarovar – Darchen

Le réveil est un peu difficile, heureusement le programme du jour est léger et c’est parfait. Repos et acclimatation avant l’effort! En même temps, quand on a droit à ces paysages au lever, on ne peut pas vraiment se plaindre :

Kailash Manasarovar

Au petit déjeuner, notre guide nous raconte des anecdotes de voyage, notamment avec les groupes indiens, très fréquents ici. Entre tentatives de suicide des shivaistes, crise d’hypothermie et mal de l’altitude des autres, il conclut “I don’t take indians any more, they die too much !”. Nous voilà rassurés.

On visite Chui Gompa et profitons d’un joli point de vue sur les environs.

Chui Gompa 

Manasarovar
ça c’est le “village” aménagé où dorment tous les touristes
au loin, on devine le Rakshasal

Puis l’on prend une piste à travers champs pour profiter d’une belle vue sur le lac avant de filer à Darchen.

ManasarovarL’après midi à Darchen se partagera entre sieste et préparation des sacs. Nous avons tous décidé de partir sans porteur sauf la doyenne de notre groupe (et aussi la plus aguerrie : c’est l’expérience qui a parlé ici !). Le tri est sans pitié. Notre expérience de début de voyage aide, on sait que nous n’avons pas besoin de grand chose. Je crois qu’on aura d’ailleurs les sacs les plus petits du groupe.

Kailash, Darchen
On finit la journée au resto tibétain le plus proche où l’on avait entre aperçu des enfants manger des momos. L’atmosphère est plus proche de la taverne que du restaurant, ça sent l’alcool à plein nez et déception, les momos ne sont pas très bons, enfin disons que le rapport pate/farce n’est pas à leur avantage.

Le guide nous avait conseillé une mixture coca/gingembre bouillis pour l’altitude. Au final, on achètera juste du gingembre mais on sera bien content de l’avoir pour couper le gout discutable de l’eau des prochains jours. Demain, lever 5h pour un démarrage de la kora à 5h30. ça y est, nous y sommes !

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